Wednesday, 22 July 2015

BIOGRAPHIE & INTERVIEW DE DAN GROOVER by SaHaD

"Pop Your Life" by Dan Groover

Dan Groover est un artiste-peintre franco-israélien qui a allié, au fil du temps, son cheminement personnel aux techniques les plus contemporaines, dans ses œuvres picturales.
Groover commence dans les années 1980 à investir l’espace urbain entre Paris et sa banlieue en y déposant sa signature et en offrant aux passants des créations originales sorties aux hasard de ses ballades nocturnes. Les couleurs vives et la lumière éclatante des Caraïbes, où il déménage à l’adolescence, l’inspirent dans ses nouvelles créations et il réalisera alors plusieurs travaux d’envergure, comme une fresque murale de six cents mètres autour du stade de Baie-Mahault, en Guadeloupe, des façades d’immeubles, des décors de films ou de concerts, comme celui de James Brown lors de sa tournée caribéenne, ou encore MC Solaar pour son passage à MTV. C’est alors que peu à peu, Groover prend conscience de l’éphémérité de son art à ciel ouvert et à l’âge de vingt ans, avec les encouragements de ses proches, il commence à adapter au format de la toile ses créations rythmées entre couleurs pop et musique de rues, en s’inspirant tout à la fois de l’univers des comics et de l’imagerie de la ville de New-York, de ses icônes et de ses boulevards animées, en passant par ses chanteurs d’Acide-Jazz. Il devient l’un des artistes incontournables de la scène du Pop Art en exposant entre les Antilles, New-York et Paris. Après un passage à New-York, balancé entre l’art de rue, les musées, les concerts de rap à Brooklyn, la bohème artistique sur les toits du Queens et l’enseignement du Street Art à La Guardia School, il retourne aux Antilles avec des perspectives artistiques aux nouvelles dimensions. Alors au sommet de tous les possibles, Groover recherche un sens nouveau à sa démarche d’artiste et il décide d’un retour aux origines. C’est en Israël, là où il est né et là d’où il vient que Groover devient Dan Groover. Au contact de cette terre aux multiples racines, il se plonge dans l’étude des textes anciens et ésotériques d’où il puise pour sa création un univers visuel empreint à la fois de la culture israélienne et du symbolisme sacré lié au judaïsme.
A l’image de l’échelle de Jacob, posé comme un pont entre le Ciel et la Terre, Dan Groover adapte une dimension universelle aux techniques contemporaines de son art qui se veut accessible à tous, au moyen de la langue graphique et visuelle du Pop Art et du Street Art.

"Tel Aviv" by Dan Groover

Talpyiot à Jérusalem. Le quartier des fabricants et des usines. C’est tout en haut d’un immeuble plein d’ateliers d’artisans, que Dan Groover – le Andy Warhol israélien – a installé son QG, la Art’Drenaline Factory. D’entrée, des effluves de bombes aérosol, térébenthine, et autres substances licites, annoncent la couleur. On entre dans le labo des expériences artistiques, entre Street Art, Pop Art et Judaic’Art.

LOLA Mag : L’antre de l’artiste, c’est toujours un secret magique pour les non-initiés. Merci de nous recevoir.

Dan Groover : Et c’est toujours un plaisir de recevoir ; c’est de partager qui permet à l’artiste de se confronter à son public, de le connaître, et c’est ce qui nous enrichît. La diffusion c’est ce qui rend notre art vivant.

LOLA Mag : Quand on arrive chez toi, on est tout de suite impressionnés par ta table de travail envahie par les bombes et recouverte de couleurs. Pour les lecteurs de LOLA Mag qui ne connaissent pas encore ton travail, peux-tu nous raconter qui tu es, Dan Groover ?

Dan Groover : Très jeune déjà j’étais lancé dans le milieu Hip-Hop, je faisais des battles de Break Dance à Paris sur la place du Trocadéro et dans les clubs. C’était dans les années 1980, les pleines années du mouvement. Et une nuit, à quatorze ans, j’ai fait le mur avec un ami, et poser mon premier Graffiti. Quand on a goûté à l’art de rue, l’adrénaline monte et on a tout de suite envie de recommencer. Après les métros parisiens, j’ai connu les murs sauvages de la Guadeloupe. Là-bas, le Hip-Hop n’avait pas encore fait son entrée, et je n’avais qu’une idée en tête, jouer l’explorateur et recouvrir de mes fresques tous les murs de l’île ; jusqu’au plus long alors jamais réalisé en Street Art, le mur du stade de Baie-Mahault de 600 mètres, et je l’ai eu ! Après plusieurs années dans les Caraïbes, les toiles, les expos, les îles, étaient devenues trop petites pour exprimer et avancer dans ma création. J’avais besoin de plus de contenu et de dépasser mes propres limites ; c’est par mon Art que j’ai redécouvert mon identité juive. Volontairement, j’ai fait mon Alyah indépendamment de l’Agence Juive, et dès mon arrivée, à travers mon regard d’artiste, j’ai compris que je touchais quelque chose de plus grand et de nouveau. Etrangement, c’est dans des yeshivot et par l’étude de textes trois fois millénaires, que j’ai appréhendé la véritable dimension de l’être juif et d’Israël. Et après sept ans d’études, je ne pouvais plus peindre de la même manière, mais mon mode d’expression restait la peinture. Peindre des Rabbins au sens classique du terme ce n’est pas mon truc, mais « bomber » le sens cacher des Lettres hébraïques, ça je sais faire. Moderniser par des techniques contemporaines des images classiques de l’art juif, pour les rendre accessibles à un nouveau langage et une nouvelle génération, c’est comme un défi et en même temps un travail de mémoire.

LOLA Mag : Tu parles de « devoir de mémoire », tu racontes d’ailleurs beaucoup l’histoire d’Israël à travers tes œuvres…

Dan Groover : Je suis né en Israël et j’y ai vécu jusqu’à l’âge de cinq ans. Mes histoires d’enfance, que me racontait mon père, c’étaient des histoires de Kibboutz, de la vie en Israël, de la guerre des Six Jours, de l’Indépendance, de la reconquête de Jérusalem. Il s’agit d’abord du souvenir de mon père et c’est en même temps raconter l’histoire dans l’Histoire. On oublie bien souvent que le retour en Israël s’inscrit dans quelque chose qui a commencé il y a bien longtemps, bien plus longtemps que la création de l’état en 1948, c’est beaucoup plus large que le Sionisme. Et c’est cela qui a interpellé notamment Pascal Elbé au cours de son interview sur Israël, des journalistes canadiens ou encore l’équipe de tournage de Arte pour 24H Jérusalem.

LOLA Mag : L’Art de Dan Groover, c’est tout un programme ! Sur quoi tu bosses en ce moment ?

Dan Groover : La chance que j’ai c’est de faire ce que je sais faire de mieux et ce qui me plaît, je suis toujours à l’affût de nouvelles techniques, j’aime relever de nouveaux défis créatifs : peindre avec de la lumière, peindre à l’envers sur des plexiglass, imaginer des objets découpés au laser, etc. Le plus important reste le contenu, et cela s’exprime, par exemple, avec le Jacob’s Ladder Project (L’Echelle de Jacob), mis en œuvre avec Sarah SaHaD. Sarah a monté la société Art’Drenaline, il y a deux ans, et ensemble on organise des projets artistiques à partir desquels se créer une interactivité entre l’artiste, le public et les professionnels de l’art, de la décoration, du design, de la mode. Le Jacob’s Ladder Project est l’un de ces projets, où l’on fait fusionner Mots et Images, entre des textes poétiques de Sarah et certaines de mes œuvres – comme celle d’une image de Broadway, une photo que j’ai prise lors d’un de mes voyages à New York, et en plein milieu de la rue un  clavier de piano qui monte au ciel ; certains y verront une œuvre de Pop Art, d’autres, peut-être, l’échelle du rêve de Jacob. Et les mots viennent appuyer le sens, la compréhension de l’image dans des poèmes, disons « inspirés ». Il faut exprimer et vivre notre histoire, et le Street Art et le Pop Art me semble de bons moyens d’expression, parce que c’est tout simplement ceux que l’on parle aujourd’hui.

Sortir de l’atelier de Dan Groover, c’est comme partir avec une grosse bulle d’oxygène et une envie de voir le monde sous un autre prisme, en partant d’abord à la découverte de soi et de son histoire… en Israël.

"Menorah avec texte" by Dan Groover


SaHaD
(Texte publié dans Lo'La Magazine, juillet 2015)


Pour plus d'informations, contacter : art.drenaline@yahoo.com