Wednesday, 12 August 2015

BALLADE AU CŒUR DU VIEUX TEL-AVIV by SaHaD

La Maison de Bialik en 1920
Première ville hébraïque construite après deux mille ans d’exil, la toute jeune Tel Aviv devient rapidement un centre culturel et artistique en pleine effervescence, à  l’opposé de Jérusalem, ville sainte tournée vers les traditions du passé ; et c’est dans ce contexte résolument moderne que s’y installe Haïm Na’hman Bialik. Sa maison, aujourd’hui transformée en musée, devient le nouveau salon littéraire de tous les adeptes renouant avec la langue et la littérature hébraïque, dont le poète deviendra l’un des emblèmes et un ardent défenseur ; parce que cette langue est l’unique langue « nationale » du peuple juif, Bialik choisit d’écrire en hébreu. Symbole et porte-parole d’une génération à la croisée des chemins, le poète a permis à la littérature hébraïque de prendre le tournant de la modernité, et à ses contemporains de trouver l’équilibre entre un monde de traditions et un monde d’ouverture et d’échanges.


Chaque maison a une histoire. Mais celle de la maison Bialik, c’est l’histoire de toute une ville qu’elle raconte, et bien plus encore, celle d’une identité perpétuée : « La maison de Bialik fait partie du patrimoine national. C'est la maison du peuple d'Israël en Eretz Israël et en Diaspora. Faisons de cette maison le grenier de l'esprit de la culture hébraïque: que la lumière que le poète y a allumée ne s'y éteigne jamais! La maison servira comme lieu de conservation pour tous les sujets le concernant, lui et son œuvre; comme lieu de réserve pour le folklore hébreu ; comme lieu de rassemblement pour les écrivains de langue hébraïque et comme centre pour la culture hébraïque.  »
Construite entre les années 1924 et 1925, la maison de Bialik est à l’image de cette renaissance à la fois artistique et identitaire. Combinant les formes des bâtiments occidentaux avec les éléments stylistiques caractéristiques du Moyen-Orient, dans une représentation imagée de ce qui était l'ancien Royaume d'Israël, un nouveau mouvement d’architectes émigrés dans ce qui est encore la Palestine sous mandat britannique, pose les bases  d’un « style juif ». Joseph Minor, élève de l’architecte d’origine allemande, Alexander Baerwald, est l’architecte chargé de la construction du bâtiment. Du carrelage, aux couleurs des murs, à la stylisation de l’intérieur, toute la maison est pensée dans un nouveau concept entre agencement, histoire et modernité. Le carrelage le plus remarquable se trouve dans la salle de réception au premier étage. Cette pièce peinte en bleu, possède un carrelage au sol, mais aussi des colonnes carrées et une cheminée, revêtues de carreaux. Les carreaux des colonnes représentent des thèmes hébraïques, tels que les douze mois de l'année juive ou les douze tribus d'Israël. Ces carreaux en céramique sont des œuvres d'art produites par l'École des Beaux-Arts de Bezalel sur des dessins de Ze'ev Raban.


Située au 22 rue Bialik, la maison fait partie d’un ensemble de petits immeubles de style Bauhaus spécifique des années 1930-1940. Centre historique de la ville, cette petite rue, longue d'environ trois cents mètres, a su garder une uniformité architecturale, caractérisée des angles droits et arrondis, des balcons saillants et des lignes droites éclairées par le soleil de Méditerranée. C’est là que vécurent beaucoup d'artistes, de professeurs et de docteurs marquant l’histoire contemporaine de l’état d’Israël, avant même la déclaration d’Indépendance de 1948. Aujourd'hui, la rue, qui a gardé un charme un peu rétro, abrite le musée du peintre Rubin, le musée du poète Bialik, le musée du Bauhaus et le musée de l'Histoire de Tel Aviv – Jaffa. Belle ballade en perspective.


SaHaD
(Texte publié dans Lo'La Magazine, Août 2015)