Wednesday, 9 September 2015

L’ART COMBAT LE RACISME AVEC TOMER LUPASHKO by SaHaD

"Face on the Race" by Tomer Lupashko

De tout temps, l’art a toujours flirté avec la politique, soit pour l’appuyer, soit pour la combattre, comme une sorte de garde-fou du pouvoir en place. Même dans les moments les plus sombres de l’histoire, quand des régimes de dictature se mettent en place, l’art de la propagande et l’art de la dénonciation ne sont jamais très loin. L’art devient le porte-parole de la conscience et de la morale humaine. Et si certains continuent de croire que l’art ne sert à rien, c’est que bien souvent ils ont peur de l’impact de celui-ci sur les populations ; car un artiste engagé a une voix qui porte bien au-delà des seuls initiés, surtout à l’heure de l’information et du voyeurisme. L’art de Tomer Lupashko est dans cette même veine. Chez cet artiste israélien, tout a commencé pendant son service militaire au sein de Tsahal, lorsqu’il a été confronté pour la première fois à la population arabe, et qu’il a réalisé que tout n’était pas tout noir ou tout blanc, bien au contraire, une histoire des deux côtés de la barrière entremêlée de fortes nuances de gris… Un autre sujet fascine Tomer, celui du mauvais penchant de l’être humain, et de se rendre compte que les droits des uns à se défendre peut entraîner des souffrances pour lui et pour le monde.
C’est pourquoi Tomer Lupashko a travaillé ces dernières années sur la représentation du racisme, et plus particulièrement en utilisant l’image du Ku Klux Klan américain, pour qui les Noirs, les Juifs, les étrangers sont les autres. Bien que la frontière posée par le racisme soit clairement définie, puisqu’il s’agit de s’opposer à tous ceux qui ne sont pas « moi », « comme moi », celui qui est rejeté par le raciste met également un point d’honneur à se différencier et se défendre de lui, car il faut se protéger de lui ressembler, « nous » sommes meilleurs que lui, plus bon que lui. Dans le travail d’imagerie de Tomer, la frontière si évidente devient floue, et se fondent alors des images de membres du KKK dans des images à moitié effacées de Marylin Monroe, des scènes oniriques du film «American Beauty», un montage d'images des « héros du drapeau arc-en-ciel» et des unes du magazine «Time». 
Les images issues de la culture américaine ont un impact plus grand puisqu’elles sont connues d’un très large public, et donne donc une profondeur universelle. Il s’agit donc d’exprimer ce qu’est l’Homme raciste, sans s’attacher à une culture ou une société particulière. Le raciste, malgré son étroitesse d'esprit, est celui qui voit toujours dans l'autre l'Étranger, il est celui qui établit la peur. La peur se trouve des deux cotés. L'un définit l'autre.

SaHaD
(Texte publié dans le Futé Magazine n°217)

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