Thursday, 7 April 2016

« LES PARFUMS DU SECRET », AVEC ODELIA ELHANANI by SaHaD

Séance de travail au village

Depuis le jeudi 31 mars, et jusqu’au 23 avril, se tient à la Maison des Artistes de Tel Aviv, la nouvelle exposition personnelle de l’artiste Odelia Elhanani, « Les parfums du secret », un dialogue culturel critique envers le slogan publicitaire de la marque israélienne de lessive Sod (Nota Bene : « ניחוחב הוא הסוד », « Le secret est dans le parfum »). Plus le spectateur pense aux propos du slogan, plus un sentiment d’inconfort se fait sentir. Quel « secret » (« סוד » en hébreu), le parfum est-il censé cacher ?
La pièce maîtresse de l'exposition est une énorme tapisserie brodée sur plusieurs mois par l'artiste en collaboration avec un groupe de femmes bédouines du village de Lakiya dans le sud d'Israël. L'image inspirant la tapisserie est une combinaison de la peinture bien connue Les Glaneuses (1857) par Jean-François Millet, avec des photographies touristiques contemporaines de femmes en Inde. Les blanchisseuses indiennes, les brodeuses de Lakiya et les draps éparpillés sur le sol de la galerie appartiennent à des femmes qui se sont dessaisies du « secret ». Au centre de la composition se dessine la rivière, son commencement est brodé sur la tapisserie, et elle continue dans le courant du linge déposé le long du plancher. Peinture et photographie se confondent dans un passé appartenant au présent et où Orient et Occident ne font qu’un dans ces gestes lents, immuables de toutes les femmes, de toutes les époques et dans toutes les terres. L'image se déplace du haut vers le bas, l’art plastique intellectualisé au travail manuel des femmes. Lavés dans les eaux du fleuve, enveloppant le spectateur dans une forte odeur – l’odeur claire et pure de la lessive en poudre ; ceci est l'histoire des blanchisseuses et des brodeuses, et des femmes en général.

*Les photographies sont tirées du processus de travail dans le village de Lakiya.

31.03.2016 – 23.04.2016
La Maison des Artistes
Al’harezi 9, street
Tel Aviv

SaHaD
(Article publié dans le Futé Magazine n°227)